Je rêve d’une nouvelle Pentecôte!

Marcel Caron, ispx (Président de la CCIS)
Québec, le 27 mai 2020

Pentecôte

La pandémie nous a surpris en plein hiver! Alors que la neige et le froid couvraient l’Amérique du Nord, un grand frisson nous saisissait: frisson de peur et d’angoisse, frisson d’inconnu et d’incertitudes, frisson de maladie et de mort... Nous nous sommes enfermés, chacun chez-soi, en espérant que ce virus passe.
Les mois sont passés... mais le virus est resté. Et nous voilà encore confinés, limités dans nos rencontres, avec souvent une appréhension qui tenaille notre âme: en sortirons-nous un jour?

À quelques jours de la fête de la Pentecôte, je pense aux disciples qui entouraient Marie au Cénacle. Eux aussi, ont vécu leur « enfermement », leur « interdiction de sortir ». Ils avaient fermé les portes à double tour par peur des Juifs, par crainte que le sort du Maître ne soit le leur s’ils sortaient. Pourtant, ils avaient vu le Christ ressuscité à plus d’une reprise. Ils l’avaient touché, ils avaient mangé avec lui, ils l’avaient entendu leur parler, ils avaient marché avec lui sur la route ou déjeuné avec lui sur le bord du lac. Mais ils peinaient à croire que c’était Lui...

Malgré leurs doutes, Jésus leur confie la grande mission: « Allez! De toutes les nations faites des disciples: baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). Quelle audace du Maître que de confier ce grand mandat missionnaire à des hommes et des femmes qui ont peur, qui doutent, qui n’osent pas!
Mais Jésus savait que la venue de l’Esprit Saint changerait tout! Le violent coup de vent raconté aux Actes des Apôtres n’a pas seulement secoué la maison; le souffle de l’Esprit a chassé toute peur et crainte du cœur des disciples et ranimé en eux la braise de foi pour qu’ils puissent annoncer Jésus Christ comme Seigneur et Sauveur! Quelle puissance que celle de l’Esprit!

Une Église à rebâtir...

Cette pandémie a pu fermer les portes de nos Églises, mais peut-être y a-t-il là un signe que la communauté chrétienne se bâtit davantage à l’extérieur des murs de nos temples que lorsque nous sommes réunis pour une célébration. Chacun et chacune a souffert et souffre encore du manque de l’autre, de pouvoir se voir et se toucher, de s’écouter et de se parler de vive voix; on a beau maintenir les liens fraternels par Facetime, Skype, Zoom ou quoi encore… Mais cela ne remplace pas la présence chaleureuse de l’autre.
Pas pour rien que pour vivre les sacrements, il doit y avoir la présence des personnes. On ne donne pas le sacrement des malades à distance pas plus qu’on ne baptise par procuration. Même que je questionne les Eucharisties virtuelles célébrées lors des derniers mois; certes Jésus se rend présent… mais il ne traverse pas l’écran pour se donner aux fidèles qui souhaiterait le recevoir. Bien sûr, chacun est invité à communier « spirituellement »… mais après quelques mois de faire cet exercice, il manque non seulement la présence réelle du Christ, il manque surtout la présence réelle de la communauté! C’est dans le rassemblement des croyants que le Corps du Christ se rend présent!
Je rêve d’une nouvelle Pentecôte pour notre Église, pour notre Conférence et nos Instituts, pour nos familles, pour notre cœur! Je rêve que nos membres consacrés et associés soient habités d’un seul désir : être tout à Dieu et vouloir le présenter aux hommes et aux femmes qu’ils rencontrent. C’est l’expérience des saints et des saintes tout au long de l’histoire; chacun s’inspirera de l’histoire des Paul de Tarse, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, nos fondateurs… Mais chose certaine, tous sont invités à la grande aventure de la sainteté pour en vivre pleinement!

Si ces derniers mois nous ont fait nous engager dans une vie de prière plus intense pour vivre la rencontre intime avec Dieu, j’ose espérer que le déconfinement nous permettra d’entreprendre la rencontre avec nos frères et nos sœurs. Eux aussi ont besoin de recevoir la Bonne Nouvelle. Plus encore, peut-être que ce sont eux-mêmes qui sauront nous la partager afin de nous faire entrer dans la joie du Ressuscité.

Un monde à reconstruire...

Je rêve que d’une nouvelle Pentecôte qui fera que notre engagement au cœur du monde puisse aider à construire de nouvelles bases pour une société différente. La pandémie aura-t-elle recentré notre regard sur la personne humaine pour que celle-ci soit le fondement du « vivre ensemble »? Aurons-nous un plus grand respect et un véritable amour pour les générations d’hommes et de femmes qui ont construit notre société actuelle? J’ose espérer que nos deviendrons plus présents dans la vie de nos aînés pour se nourrir à leur sagesse.

Cette société différente pourrait aussi remettre la personne humaine au cœur de l’économie et du monde du travail. Si pendant trop longtemps on a « instrumentalisé » l’homme pour un faire un pion jetable dans le grand système de production économique, peut-être que cette pandémie nous invite à redéfinir le travail comme vocation divine pour collaborer à la construction de la civilisation de l’amour.

Pouvons nous aspirer à une véritable reconnaissance des professions de première ligne telles que les infirmières, les infirmières auxiliaires et les préposés aux bénéficiaires? Ce sont souvent ces personnes qui ont le contact quotidien avec les personnes les plus vulnérables et fragiles de notre société. Reconnaître leur apport de façon réelle pourrait être un premier chemin pour une société plus juste et plus humaine.

Vous me direz sans doute que cela relève de l’utopie ou encore hors de notre contrôle… Mais si chacun osait prendre la parole pour interpeler les leaders de nos gouvernements, peut-être y aurait-il là un mouvement prophétique. Car une nouvelle Pentecôte commence lorsque nous commençons à parler de nouvelles langues. Peut-être que trop souvent nous nous sommes limités à la langue de la pastorale, la langue des croyants. Il est temps de parler la langue du monde des affaires, la langue de la politique, la langue des changements sociaux. Demandons ce don des langues pour toucher le cœur des décideurs. Surpris, peut-être diront-ils : « Nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu » (Ac 2, 11).

J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle

Le rêve peut devenir réalité. Avec la venue de l’Esprit Saint, Jésus a avisé ses disciples: « Amen, amen, je vous le dis: celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jn 14, 12). Mais cela dépend de notre disponibilité à laisser l’Esprit guider nos vies et inspirer les gestes qui changent le monde.
Parfois nous voulons le grand geste d’éclat. Pourtant, Dieu nous a appelé tel que nous sommes, avec nos limites et nos charismes. N’est-ce pas cela qui a fait son impact au jour de la Pentecôte: voir des hommes et femmes ordinaires porter un message extraordinaire. S’il suffisait du petit geste au quotidien... S’il suffisait d’un peu plus d’amour que d’ordinaire... S’il suffisait d’un « oui » à l’Évangile et à la mission... Alors nous verrons se lever un ciel nouveau et une terre nouvelle..