Bic-photo: Josée Richard

Et si l’Incarnation faisait la différence!

Marcel Caron, président de la CCIS

EnfantNous sommes à quelques semaines de célébrer la fête de Noël. Difficile de croire que cette grande fête est déjà là à nos portes.
Mais nous sommes appelés à vivre le mystère de l’Incarnation à chaque jour… pas juste une fois dans l’année.
Les dernières semaines ont apporté leur lot d’événements qui questionnent notre foi et notre vivre ensemble. Et si l’Incarnation nous était donnée justement pour faire la différence au milieu de toutes ces situations?

Il y a eu, au Canada, la légalisation du cannabis, une première dans les pays du G20. Le battage médiatique a rejoint toutes les grandes capitales du monde. Sans doute que cette « ouverture » avec toutes ses raisons socio-économiques masque un autre problème plus spirituel. Pourquoi comme société avons-nous besoin de légaliser un « moyen de fuite » de notre réalité? Serait-ce parce que nous avons perdu plus que nous n’osons l’admettre un fonds spirituel qui donne sens à notre vie? Donc n’ayant plus d’assises spirituelles, ne vaut-il pas mieux « geler » notre mal de vivre?

Il y a aux Etats-Unis un déferlement de violence dans des gestes et des paroles qui tire sur le tissu social de la nation. La tuerie de la synagogue à Pittsburgh faisant 11 morts, la mort de deux Noirs au Kentucky visé justement car ils étaient noirs, l’arrestation d’un homme responsable de l’envoi de paquets contenant des bombes à différents politiciens – tous ces événements arrivant en 72 heures – laissent voir que la spirale de violence ne fait que grandir. Et le débat fait rage sur les raisons pour lesquelles le pays de l’oncle Sam se trouve dans cette situation.

En Amérique latine, ce qui a commencé au Honduras comme un exode de citoyens fuyant à pied leur pays grugé par la violence, la pauvreté, la faim et le manque de travail a grandi pour devenir une véritable crise internationale. Les images de réfugiés et de migrants de la Syrie et de l’Afrique tentant de rejoindre l’Europe prennent maintenant des teintes latinos sur nos frontières avec plus de 7000 personnes en marche du Honduras, du Salvador, du Guatemala et du Mexique… Et cet exode devient une caravane de l’espoir d’un demain meilleur pour des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants en quête non seulement d’un rêve mais d’une réalité différente.

En Église, les scandales des abus sexuels n’épargnent plus personne. La tristesse et la honte que nous portons minent à certains jours l’espérance d’une Église faite pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Que ce soit des chiffres d’abus qui épouvantent ici et ailleurs, des actions en justice qui cherchent des dédommagements financiers ou même des suicides de victimes et pasteurs accusés, voilà autant de douleurs que nous portons tous comme Église.

Une triple réponse pour avancer

Et si notre témoignage de véritables disciples-missionnaires était appelé à devenir le premier antidote contre un dégoût qui pourrait nous saisir au milieu de ce tableau sombre. Et si l’espérance que nous portons était justement le remède à offrir à tant d’hommes et de femmes? Et si notre main tendue en solidarité était le premier geste pour « construire la cité nouvelle »? N’est-ce pas ce que Jésus est venu annoncer par sa naissance : « Je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui (…) un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Luc 2, 10-11).

Notre témoignage personnel doit devenir le pinceau d’or qui peint les nuances d’amour sur le canevas de la vie des gens qui nous entourent. Le geste tout simple d’accueil et d’attention à l’autre peut ouvrir les portes d’une amitié qui permettra l’annonce plus directe de l’Évangile. Le pape François le disait le 25 octobre dernier : « La foi doit toujours être transmise dans le dialecte : le dialecte de la maison. Et aussi le dialecte de l’amitié, de la proximité, mais toujours dans le dialecte. Vous ne pouvez pas transmettre la foi avec le catéchisme : « Lis le catéchisme et tu auras la foi! » Non. Parce que la foi, ce ne sont pas seulement les contenus, il y a la façon de vivre, d’évaluer, de se réjouir, d’être triste, de pleurer… : c’est toute une vie qui y mène. (…) La foi, comme l’Église, ne grandit pas par prosélytisme, elle grandit par attraction – c’est une phrase de Benoît XVI – c’est-à-dire par le témoignage. » C’est dans la simplicité du quotidien, dans l’ordinaire de la vie que l’extraordinaire présence de Dieu peut se découvrir si nous avons les yeux de l’Esprit.

Notre espérance chrétienne est le clavier qui fait surgir les plus belles notes dans la symphonie de l’existence humaine. Entre les différents mouvements qui jalonnent une œuvre musicale, il y a un refrain qui sans cesse nous relance. L’espérance est le leitmotiv qui permet de maintenir l’unité dans les bouleversements du monde d’aujourd’hui. L’histoire humaine – dans la société civile ou en Église – a toujours connu des moments plus turbulents. Mais il y a eu des saints et des saintes qui ont répondu à l’appel de Dieu pour apporter paix et sérénité. Avec courage et audace, ils ont été les pionniers pour fredonner de nouvelles notes qui chassaient l’obscurité omniprésente. Et si Dieu l’a fait tout au long de l’histoire, il peut le faire avec ta vie et faire de toi ce porteur d’espérance pour notre monde.

Notre solidarité humaine est le geste inattendu qui surgit sur la scène dramatique de nos sociétés en rupture d’équilibre. Comme le coup de canon sur l’estrade de la vie qui vient tout changer, une simple réponse auprès de nos frères et sœurs démunis peut faire toute la différence. « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli; nu, et mous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; en prison, et vous êtes venu à moi » (Matthieu 25, 35-36). Dans les situations les plus sombres, il surgit toujours des hommes et des femmes qui se lèvent, avancent et luttent pour que d’autres puissent trouver un pied ferme dans les sables mouvants des épreuves. On peut s’émouvoir des Mère Teresa, des Jean Vanier et des Oscar Romero. Et si c’était toi, si c’était moi qui étions appelés à mettre fin à la faim pour que d’autres puissent revivre?

L’Incarnation fait la différence! Notre vocation d’institut séculier nous invite à nous insérer dans les réalités de notre monde d’aujourd’hui pour y trouver les signes de la présence de Dieu. Le monde devient donc une réalité théologique où Dieu se révèle. Et notre regard de chrétien – malgré les points sombres – continue d’être beau et bon, parce que Dieu est là. « Tu es là au cœur de nos vies, et c’est Toi qui nous fait vivre! » Comment ne pas dire « cela est très bon » (cf. Genèse 1, 31).

Que notre « oui » à l’Évangile, aux petits et aux pauvres et à la mission nous permette d’être à chaque jour les hommes et femmes qui fassent la différence!

 

Conférence canadienne des instituts séculiers
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