Pèlerines, pèlerins d’espérance :
un chemin qui conduit à Bethléem

Marcel Caron, ispx (président de la CCIS)
Message de Noël 2025
photo © Pixabay

Noël

À l’occasion de Noël, au moment même où nous concluons l’Année Sainte 2025, il nous est donné de relire notre vocation d’instituts séculiers avec une clarté nouvelle. Ce mystère de l’Incarnation que nous célébrons ne cesse de rejoindre l’humanité au cœur même de son histoire, de ses tensions et de ses espérances. En contemplant l’Enfant de Bethléem, nous découvrons une fois encore que Dieu ne se tient pas à distance ; il vient habiter la condition humaine et marcher avec nous comme un-e pèlerin-e d’espérance. C’est cette dynamique intérieure qui éclaire, en profondeur, le charisme séculier : être dans le monde sans être du monde, y faire mûrir le Royaume par la force humble et discrète de la présence transformée par le Christ.

Cette année qui s’achève a été, pour beaucoup de nos membres au Québec et au Canada, une période traversée de défis mais aussi de grandes fidélités quotidiennes. Dans un contexte culturel changeant, parfois marqué par la fatigue spirituelle ou l’indifférence, notre engagement silencieux demeure un signe puissant. Nous continuons d’aller là où l’Évangile ne peut être annoncé que par la proximité, la patience, la compassion et la crédibilité d’une vie offerte. Noël nous rappelle que Dieu choisit toujours la voie de la petitesse et de la douceur pour faire naître un avenir. De même, il choisit nos vies, enracinées dans la normalité des occupations et des responsabilités, pour faire resplendir une lumière que beaucoup n’attendaient plus.

Conclure l’Année Sainte, c’est aussi mesurer comment la grâce jubilaire a façonné nos regards. Chaque pèlerinage, chaque démarche spirituelle, chaque ouverture de cœur a laissé une trace dans notre manière de vivre au quotidien. L’espérance chrétienne n’est pas un optimisme naïf : elle jaillit de la rencontre avec le Christ vivant, de la certitude que rien n’est trop pauvre pour être transformé et que toute réalité humaine peut devenir un lieu de salut. En ce sens, nous sommes invités à devenir, plus que jamais, des pèlerins-es d’espérance. Cela signifie marcher dans le monde avec un cœur désencombré, capable de reconnaître les germes de Dieu là où d’autres ne voient que l’ordinaire ou les impasses.

Notre mission spécifique dans les instituts séculiers nous situe précisément au cœur des ambiguïtés du monde. Nous sommes envoyés dans les milieux professionnels, dans les familles, dans les associations, dans les structures sociales, non pas pour occuper des espaces, mais pour y insuffler l’esprit des Béatitudes. Noël nous rappelle qu’il suffit d’une présence ajustée à Dieu pour que la lumière commence à circuler. Il suffit de croire que la tendresse peut encore désarmer la violence, que la fidélité peut soutenir les plus fragiles, que la joie peut transformer les liens blessés. En cette fin d’Année Sainte, nous mesurons la force de cette mission : être des femmes et des hommes qui portent l’avenir non pas par des stratégies, mais par la qualité intérieure de leur vie unifiée au Christ.

Notre présence humble et fraternelle demeure un signe précieux pour l’Église. Nous sommes des témoins que Dieu n’a jamais cessé de circuler dans le tissu ordinaire de la vie humaine. Nous rappelons que l’espérance ne se construit pas seulement par des événements extraordinaires, mais par la fidélité des petits gestes : écouter, soutenir, accompagner, pardonner, semer des traces d’Évangile dans les lieux les plus simples. Cette espérance concrète et incarnée est peut-être le plus beau fruit que nous puissions offrir en conclusion de l’Année Sainte.

Alors que nous entrons dans le mystère de Noël, nous recevons une invitation particulière : laisser la naissance du Christ renouveler notre manière d’habiter le monde. Accueillir Dieu fait homme, c’est consentir à une transformation intérieure qui nous rend plus attentifs, plus disponibles et plus capables de porter la paix autour de nous. Être pèlerins d’espérance, c’est avancer confiants, même lorsque les chemins sont incertains, car nous savons que le Seigneur marche devant nous. La crèche nous montre que l’avenir de Dieu commence dans la fragilité, et c’est peut-être pour cela que l’espérance est le don dont notre société a le plus besoin aujourd’hui.

En ce temps de Noël, que la lumière du Verbe incarné éclaire chacun de nos engagements et ravive en nous la joie d’être consacrés pour la mission au cœur du monde. Que la conclusion de l’Année Sainte devienne pour nous un nouveau départ, un appel à marcher ensemble comme des pèlerine-es d’espérance, porteuses et porteurs d’une présence qui réchauffe et qui ouvre des chemins là où tout semblait fermé. Que Marie, première pèlerine de la foi, nous accompagne et nous garde dans l’espérance.

Je vous souhaite un Noël profondément habité, simple, lumineux, et une nouvelle année où la grâce reçue continuera de porter des fruits de paix, de confiance et de renouveau pour l’Église et pour le monde.