Je suis déjà ressuscité !
Marcel Caron, ispx (président de la CCIS)
Message de Pâques, 2025
photo© Zac Durant, Unsplash
En regardant l’hiver faire place au printemps, alors que les jours rallongent et se réchauffent petit à petit, la nature nous indique un chemin de renouveau qui annonce la victoire de la vie sur la mort. Les premiers crocus ont déjà percé la neige pour montrer que rien n’arrête la force de la vie. Bientôt, la grande fête de Pâques sera parmi nous et nos cœurs chanteront haut et fort l’Alléluia qui proclame la victoire du Ressuscité sur la croix.
C’est l’apôtre Paul qui écrit ces mots dans sa première lettre aux Corinthiens : Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? L'aiguillon de la mort, c'est le péché, et la puissance du péché, c'est la loi. Rendons grâce à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ (15, 55-57). L’apôtre semble même défier et narguer la mort avec la certitude profonde que « nous sommes plus que vainqueurs (Romains 8, 37) !
Cette expérience de vie nouvelle, Paul en a fait l’expérience dans sa propre vie. Sur le chemin de Damas, cette rencontre avec le Christ ressuscité l’a fait entre dans une nouvelle réalité. Mort à cause du péché, il vit maintenant par la grâce de Dieu. Chacun de nous, baptisés, avons aussi fait cette expérience; dans la plongée dans l’eau du salut, nous en avons resurgi avec la grâce de la vie éternelle ! Et cela change tout !
Le grand problème, c’est que nous n’y croyons pas vraiment ! On peut bien répéter le credo dans nos prières et nos liturgies, mais saisissons-nous la portée de ces mots ? La résurrection vient tout changer ! La résurrection a déjà tout changé ! Et ce changement est immédiat et permanent dans tous les domaines de notre vie !
Est-ce que cela empêche les drames humains d’arriver ? On n’a qu’à regarder la douleur du peuple palestinien ou du peuple ukrainien... On pense à cette famille qui reçoit le diagnostic de cancer pour leur enfant de 7 ans... On imagine le drame de cette jeune femme qui voit son père se lancer dans le vide dans un geste de désespérance... Comment leur dire que la résurrection est à l’œuvre ici et maintenant et qu’elle aura toujours le dernier mot ?
Pourtant, c’est bien le cœur de notre foi ! C’est au cœur de l’épreuve que nous sommes invités à relever la tête pour regarder le Christ en croix et voir en Lui la source d’une espérance infinie. Celui qui a vaincu le mal ouvre chaque jour le chemin pour que chacun de nous puisse, avec sa grâce, y arriver ! Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur (Romains 8, 35.38-39).
Pèlerins de l’espérance pour un monde nouveau
Voilà notre espérance ! En devenant ces « pèlerins de l’espérance » comme l’Église nous y invite en cette année du grand Jubilé 2025, nous pouvons commencer à transformer notre cœur – et notre vie ! – en ajustant chacun de nos gestes, nos pensées, nos attitudes selon cette nouvelle mentalité de ressuscité. Car l’amour aura toujours le dernier mot et nous provoquera à avancer avec pleine confiance et assurance sur les chemins du monde.
Souvent formés à partir de l’action catholique, les membres des instituts séculiers peuvent toujours retrouver une méthode sûre pour préciser leur réponse à tout questionnement, toute étape. Osons revisiter ce qui a été une ligne de force dans le vécu de notre mission.
Voir les pousses d’espérance dans toute situation ! C’est la première étape essentielle. Il vit et il crut (Jean 20, 8). Voir les germes de vie alors que le monde ambiant ne souffle que désespoir et tristesse. Voir les signes des temps nouveaux qui se pointent au matin de Pâques. Pour certains, ce ne seront que des linges abandonnés dans un tombeau... Pour nous, ce sera la confirmation qu’Il est vraiment ressuscité !
Quels sont les signes de vie que nous pouvons trouver dans toute situation?
Juger/Discerner ce que l’Esprit dit aux Églises (cf. Apocalypse 2, 7). Cette étape du discernement et de la conversation dans l’Esprit proposée par l’Église lors du synode sur la synodalité est de plus en plus d’actualité. Nos Instituts depuis de nombreuses années a cherché à vivre nos prises de décision dans l’écoute et le discernement communautaire. Faisons de nouveaux pas pour s’écouter en profondeur, pour supplier la présence de l’Esprit afin qu’Il nous accompagne sur notre route, pour oser accueillir la décision afin de grandir en sa présence.
Quel engagement puis-je prendre pour être davantage à l’écoute de mes frères et sœurs ?
Agir afin d’être « levain dans la pâte » et « laboratoire d’expérience ». Nous sommes au cœur du monde et chacun de nos gestes a un poids d’éternité. Parfois, c’est un choix politique devant lequel nous sommes placés au Canada pour choisir un nouveau gouvernement. À un autre moment, c’est ne pas laisser sans réponse un commentaire raciste ou xénophobe face aux migrants qui sont chez nous. C’est aussi le partage solidaire que je fais pour soutenir la mission d’une œuvre caritative ou secourir un frère dans le besoin. Cela peut être tout aussi simple que d’avoir un geste de bienveillance en ouvrant la porte au centre d’achat ou en disant bonjour à la caissière. Mais chaque geste compte !
Comment puis-je être plus attentif à mes gestes pour que grandisse ma cohérence avec l’appel de paix, de justice et de solidarité proposé par Jésus et son Église ?
Alors que Pâques est à nos portes, rappelons-nous que Pâques est plus qu’une octave ou un temps liturgique. C’est une réalité radicalement neuve qui vient transformer nos vies ! Pâques, c’est surtout un appel à accueillir pour crier, proclamer et chanter devant toute situation: Je suis déjà ressuscité !